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Je suis le prophète du carnage (1/3)
Je voudrais modérer l’authenticité des propos que j’ai hâtivement prêtés à Mahomet à la fin de mon post Mahomet (1) : Je suis le prophète du carnage, je suis le rieur sanglant.
Pris de scrupules devant la virulence de ce propos, et confronté à une citation que je ne maîtrisais pas, j’ai interrogé une spécialiste reconnue (bien sûr) de la langue arabe et de l’Islam/civilisation, quant à l’authenticité de ce "dit" de Mahomet… il fallait bien que je réponde à la question de l’internaute Camille.
Je tairai le nom de cette islamologue parce que je ne lui ai pas demandé l’autorisation d’utiliser sa réponse, mais ceux qui ont eu entre les mains quelques articles ou livres spécialisés sur l’islam la reconnaîtront si je donne ses initiales : M.Th. U. ![]()
Voici donc la réponse qu’elle a eu la gentillesse de m’envoyer :
Après consultation de la Concordance du hadîth de Wensinck il semble que le hadîth que vous évoquez n’appartienne à aucun des recueils canoniques. Il doit faire partie de ces nombreux lots de traditions prophétiques que les auteurs "historiques-orthodoxes" de l’islam se sont plus à reprendre et à répéter parce qu’elles correspondaient à l’islam dans sa réalisation véritable.
- Comment comprendre cette réponse ?
Ce hadith n’en est pas officiellement un, parce qu’on ne peut pas remonter jusqu’à Mahomet, et ce, infailliblement, en fonction des critères retenus par la tradition musulmane : chaîne des transmetteurs fiable et qualité du propos.
Mme U. confirme par ailleurs que beaucoup de hadiths (=traditions prophétiques) ont été forgés de toute pièce par les différents auteurs-exégèses de la geste prophétique, en fonction des circonstances de leurs temps.
Mais il faut reconnaître que la tradition musulmane est très consciente de ce phénomène et c’est pourquoi elle a classé les hadiths de Mahomet en fonction de leur degré de fiabilité, de forts à faibles, voire malades. (cf mes commentaires dans Mahomet (1)).
Mahomet (2)
Il est acquis pour tout le monde musulman ou non-musulman, que Mahomet est un homme comme les autres et que rien n’autorise à ce qu’on lui donne un statut particulier entre Allah et l’Humanité.
On ne peut pas l’identifier à la figure du Bouddha, exemple de celui qui a atteint l’illumination.
Il ne peut pas non plus être comparé à la figure du Christ que les chrétiens hissent au niveau de Dieu en l’incorporant comme élément divin de la Trinité.
De plus, conférer à Mahomet une part de divinité est chose totalement impensable puisque cela reviendrait à associer une divinité à Allah, crime maximum pour un islam très sourcilleux quant à la définition d’Unicité d’Allah.
Rien ne permettait donc a priori d’imaginer que la vie de cet homme allait prendre une telle importance dans la tradition musulmane et former un des socles sur lequel repose une grande partie des conduites quotidiennes ou extraordinaires de la communauté musulmane.
Et pourtant, Mahomet est devenu très rapidement l’exemple du parfait musulman en tout domaine et les fidèles de l’islam iront chercher dans sa vie les archétypes des comportements à reproduire pour plaire à Allah. Pour bien comprendre cette recherche frénétique, il faut avoir présent à l’esprit que l’islam relève autant d’une orthopraxie (=comportements corrects) que d’une orthodoxie (= paroles correctes).
Donc, pour alimenter cette orthopraxie, les compagnons du Prophète ont relevé tous les actes de ce dernier pour en établir la sira (=biographie) et les hadiths (= faits et paroles).
Ces deux opus représentent une somme colossale de faits et de paroles qui recouvrent tous les domaines de la vie humaine, des plus nobles aux plus triviaux !
Dans la hiérarchie très rigide de valeurs de l’islam, ils pointent en importance juste au-dessous du Coran (mais à peine au-dessous) et cadrent l’ensemble des faits et gestes des disciples de cette religion.
L’islamodubitatif que je suis ne peut s’empêcher de voir dans cet exemple à suivre le prototype de ce qu’on appelle de nos jours un gourou.
L’islamodubitatif que je suis s’interroge sur une profession de Foi qui donne une telle importance à un homme :
"Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète."
Mahomet (1)
Si je connais des dizaines de Mohamed, un ou deux Muhammad, je ne connais qu’un seul Mahomet et c’est pourquoi je tiens à garder ce terme retenu par la tradition historique française.
Mahomet est le point de départ de ce qui est devenu bien plus qu’un système religieux, juridique, politique et socio-économique qui va connaître une avancée aussi fulgurante à son origine qu’elle fut laborieuse par la suite.
Les recherches les plus récentes posent l’hypothèse que Mahomet n’est autre qu’un qualificatif adossé à un personnage dont on ne sait pas grand chose si on s’en tient au seul Coran. Le mot Mahomet vient de Muhammad, qui peut être utilisé comme participe passé à valeur d’adjectif et dont le sens se traduit par : "Le loué".
Le Coran ne nous apprend pas grand chose sur ce Loué, et il faut se tourner vers d’autres textes fondateurs de l’islam : La Sira (=vie du prophète) et les Haddiths (= les faits, les gestes, les propos de ce Loué), recensés par ses compagnons.
Sa personnalité, telle qu’elle nous parvient par l’intermédiaire de la tradition, du récit de sa vie et des propos qu’on lui prête, déroute l’esprit occidental habitué à des tournures structurées par les idéaux grecs, romains et surtout chrétiens. Il semble être aux antipodes de ce qu’on peut imaginer de la personne d’un prophète, et pourtant cette personnalité passionne jusqu’au délire tous ceux qui lui sont soumis.
Mahomet eut une vie particulièrement bien remplie, jugez-en plutôt :
- Il fut tout d’abord le chef d’un petit clan qui dut s’enfuir de La Mecque puis réussit à devenir le chef politique et le "gourou" d’une cité idéale, Médine, qui devait devenir le modèle de la gestion d’une communauté par les musulmans. Pour les siècles qui suivirent, ce temps originel devait représenter l’âge d’or.
- Il n’hésita pas à se transformer en seigneur de la guerre lorsque ses intérêts étaient menacés où lorsqu’il s’agissait d’étendre sa zone d’influence. A ce titre il n’hésita pas à verser le sang.
- Il fut le prophète fondateur de l’islam et s’autoproclama même "sceau des prophètes", n’attendant pas que la tradition et l’histoire lui décernent ce titre d’ultime prophète d’un message auparavant délivré aux juifs et aux chrétiens. Ce statut qu’il se donne lui confère préséance sur tous ceux qui sont venus avant lui, d’Adam à Jésus, en passant par Abraham.
- Tout au long de sa vie, il fut un prédicateur qui transmit un nombre impressionnant de versets d’origine divine.
- Accessoirement, il cumula un nombre de conquêtes féminines assez impressionnant et assumé, ce qui en fait une exception mondiale dans l’univers des fondateurs des grands courants religieux qui ont traversé l’Histoire (mais, je peux me tromper
).
Mahomet est le gendre idéal, le modèle du mâle, la perfection au masculin, le "Beau Modèle" auquel doivent s’efforcer de ressembler tous les hommes qui sont soumis à sa doctrine.
Les femmes doivent-elles suivre ce modèle ?
Non, on leur demande simplement de se soumettre à ceux qui lui sont soumis.
Mahomet tient son autorité du rapport privilégié qu’il entretient avec son créateur, Allah (=Dieu), qui lui révèle dans un espace de 22 ans un ensemble de prescriptions, de recommandations, de conseils juridiques, de codes moraux, de recueils historiques, de petits textes épiques et autres, qui forment un texte que les gens soumis à sa doctrine apprendront par coeur, il s’agit du Coran qui fera l’objet du prochain article. Pour des raisons de commodité, ce texte appris par coeur et récité sera collecté par écrit après sa mort.
Comme vous pouvez le voir, la vie de Mahomet fut une vie bien remplie et il suscite une ferveur jamais démentie.
A la mesure de la haine qu’éprouvent ses détracteurs et il faut reconnaître que beaucoup de points de ce fondateur "posent questions".
Ne s’est-il pas défini ainsi : "Je suis le prophète du carnage, je suis le rieur sanglant".
Ce que vous en dites :