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A vous trois (1).

NOTA : Cette série de billets intitulée "A vous trois" veut répondre à un questionnement posé par des amis.
Je les livre à tous les lecteurs car le questionnement de ces amis recoupe l’objectif de ce blog. Ces billets sont regroupés dans la catégorie "en petit comité".
Hier, j’ai compris votre souhait de me voir éclaircir les raisons qui me poussent à être sévère avec l’islam.
Parce que, c’est vrai, je suis sévère avec l’islam.
J’ai entendu que cette sévérité serait occasionnée par mon adhésion au christianisme qui m’empêcherait d’aborder le sujet avec impartialité ou sans esprit concurrentiel. J’ai entendu aussi qu’elle était peut-être liée à une démarche un peu "obtuse", et, de façon plus ténue, peut-être raciste, si on soulève le vernis lié à la cordialité qui prévaut à des repas entre amis.
J’ai entendu encore que cette sévérité me condamnait à ne pas voir les frémissements qui font avancer l’islam vers un avenir radieux, suivant en cela la marche qui aurait prévalu en Occident pour le christianisme.

Comme élément de réponse à votre demande d’éclaircissement, je vous adresse déjà le lien vers mon blog, mais je vais tenter de répondre un peu plus précisément  à votre questionnement en rebondissant sur ce que vous avez pu dire hier.
Cela alimentera une série de billets que  j’intitulerai "A vous trois".

Tout d’abord, il faut que je me découvre et que j’avoue que ma sévérité trouve son origine ailleurs que là où vous la supposez peut-être et que je ne dois pas en avoir honte :
Elle est causée par une sensibilité intellectuelle qui me conduit à voir avec tristesse une partie non-négligeable de l’humanité souffrir sous le joug d’une idéologie engendrée par un système religieux particulièrement dur, une partie non-négligeable de cette partie non-négligeable étant constituée de femmes !
Je crois que je peux qualifier cette attitude d’empathie.
Elle est nourrie par la violence que les musulmans s’imposent à eux-mêmes, et je vous enjoins de lire à ce sujet le billet du philosophe Abdennour Bidar que  j’ai reproduit plus bas. Ce philosophe français est un de ces intellectuels musulmans auxquels vous avez fait appel hier soir dans vos souhaits de voir l’islam se réformer.
Je pense avec beaucoup de tristesse et sans paternalisme aucun que les musulmans souffrent encore en masses énormes d’un islam ombrageux qui a autorité, installé dans de nombreuses frontières, prêché dans beaucoup de mosquées du monde et que cet islam va puiser sa logique dans les propos mêmes d’Allah, et qu’il ne peut être réduit à un extrémisme que des substantifs comme "fondamentalisme", "littéraliste", "islamisme", tentent de circonscrire de façon incantatoire.
"Tout cela n’est pas l’islam" est trop simple et presque mensonger et c’est à moi de faire de ce point de vue le départ de nos échanges, par commentaires joints ou par mails.
Enfin, la perspective que cet islam installe sa vision du monde et des rapports entre les individus en France n’est pas pour m’enchanter et je ne laisserai pas aux seuls musulmans le soin de s’occuper de le réformer, regardant tout cela de loin, nous sommes citoyens du même pays.
Je dois reconnaître que l’idée de jouer le poil à gratter ne me déplaît pas outre mesure. :-)
C’est peut-être ma façon à moi de bien châtier ceux que j’aime bien.


"Allah" et "Notre Père", même combat ?
Pour finir ce premier billet et pour régler rapidement le point du recouvrement supposé total des concepts de Dieu en islam et en christianisme, j’aimerais savoir comment vous recevez la parole suivante dite par Allah lui-même, Allah, qui nous a créé et qui s’occupera de notre sort après notre mort :
Certes, ceux qui ne croient pas à Nos Versets, Nous les brûlerons bientôt dans le Feu. Chaque fois que leurs peaux auront été consumées, Nous leur donnerons d’autres peaux en échange afin qu’ils goûtent au châtiment. Allah est certes Puissant et Sage !
(Sourate 4 verset 56)
Pour ma part, comprenez qu’en tant qu’être humain, et au-delà de ma Foi chrétienne, je ne peux accepter l’idée d’un Dieu acteur de la souffrance de sa créature. Car vous entendez bien dans ce verset Allah s’occuper lui-même du Feu qui brûlera ceux qui ont mécru.
Toute confusion entre Allah et Notre Père serait le fruit d’une analyse très superficielle ou d’un syncrétisme qui chercherait la quadrature du cercle.

Voyez-vous dans ce verset une dimension métaphorique qui permet de prendre de la distance ?
Voyez-vous cette dimension métaphorique dans la sourate 4 Les femmes dont je tire ce verset  et dont le verset suivant est pas mal non plus ?
Si oui, faites-moi part de votre exégèse.
Mais s’il vous plaît, prenez le temps de lire ces sourates que je m’efforce moi-même de lire, et ensuite seulement vous pourrez juger de ma sévérité.

Ο

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Catégories:en petit comité
  1. 2 novembre 2010 à 08:04 | #1

    "la parole suivante dite par Allah lui-même" ? Certainement pas. La parole suivante "dite par le prophète de l’Islam qui l’attribue à Dieu" : nuance. Musulmans et chrétiens prient le même Dieu, quand bien même leur vision diffère.

    • Omicron
      2 novembre 2010 à 21:08 | #2

      Là, je coince et c’est une des différences qui existent entre nous.
      Pour l’instant, autant que je sache, il n’y a aucun espace possible entre Mahomet et Allah, non ?
      Ce que dit Mahomet n’est que ce que lui souffle Allah, me semble-t-il.

  2. 3 novembre 2010 à 13:02 | #3

    Nous avons en effet déjà eu un échange à ce sujet :
    http://blogren.over-blog.com/article-34423096-6.html#anchorComment
    …Je ne sais si tu avais lu la suite de ce premier article :
    http://blogren.over-blog.com/article-35527470-6.html
    Mon souci premier demeure la fidélité à la position de l’Eglise. Eglise qui déclare que les musulmans prient le même Dieu que les chrétiens. Mais qui ne cache pas que leur vision n’est pas exactement la même chose…
    Parler de "Dieu de la Bible" et de "Dieu du Coran" sous-entend Dieu "tel qu’Il est donné à voir dans ces livres" ; distinguer Dieu et Allah, et surtout, admettre l’expression "Allah dit" sous-entend par contre qu’un être -autre que l’Etre- parlerait réellement dans le Coran.
    Je préfère dire "Le Coran fait dire à Dieu", expression qui pose clairement mon refus de reconnaître Muhammad comme prophète, tout en reconnaissant, comme le veut l’Eglise, que la prière des musulmans est orientée vers l’Etre malgré les voiles inteprosés par la prédication coranique…

    • Omicron
      6 novembre 2010 à 11:13 | #4

      Bonjour Ren’,

      Tout à fait d’accord avec ce "Allah dit" qui offre un espace intéressant parce qu’il rappelle que c’est l’ange Gabriel qui a transmis à Mahomet qui a transmis et donné aux hommes une vision de Dieu dans quelque chose qui ne serait alors plus qu’un simple livre.
      Pour l’instant, il s’agit d’une vision hétérodoxe que nous partageons forcément tous les deux mais proprement sacrilège du point de vue d’un pieux musulman.
      C’est cette dernière optique que j’adopte dans le raisonnement de ce billet pour mieux dire que je ne l’approuve pas.

      Ma position de laïque, "catho-laïque", me conduit à plus de distance que vous par rapport à la position de l’Eglise, et votre souci que je suppose d’être fidèle à Nostra Aetate. Plus exactement, un regard militant me pousse à voir avec une acuité particulière le cinquième et dernier chapitre de ce document que j’applique, entre autres, aux conséquences d’une idéologie qui ne se représente pas encore (?) Dieu comme Notre Père :
      "Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l’image de Dieu. La relation de l’homme à Dieu le Père et la relation de l’homme à ses frères humains sont tellement liées que l’Écriture dit : « Qui n’aime pas ne connaît pas Dieu » (1 Jn 4, 8). Par là est sapé le fondement de toute théorie ou de toute pratique qui introduit entre homme et homme, entre peuple et peuple, une discrimination en ce qui concerne la dignité humaine et les droits qui en découlent."
      Et nous connaissons tous les deux la condition de dhimmi qui institutionnalise la discrimination dans la théorie coranique.

  3. 8 novembre 2010 à 15:26 | #5

    Ma fidélité ne va pas simplement à Nostra Aetate, il ne faut pas oublier Lumen Gentium et l’enseignement des papes depuis Vatican II… Je ne peux me dire catholique si je ne cherche pas à être fidèle au Magistère de l’Eglise.

  1. Pas encore de rétrolien.

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